Quand les mots font maux


Compte-rendu du projet

Animé par Jean B Jouteur

En partenariat avec la MJC de Montbrison

Le 17 mai 2017 (Théâtre des Pénitents)

BILAN QUALIFICATIF ET QUANTITATIF



10 participants

12 heures de formation



SYNTHÈSE DES INTERVENTIONS


Public : 10 jeunes entre 13 et 16 ans


Objectif :


Ce projet est né suite au constat d'un comportement de communications « Jeunes/jeunes » « Jeunes/adultes » entraînant souvent des rapports agressifs et blessants.


Le théâtre interactif (Séance du 17 mai 2017) constitua l'aboutissement du projet « non à la haine ».



Méthodologie utilisée :


· Atelier « groupe de paroles » durée 3 heures - Objectifs : Recueillir commentaires, avis et situations rapportés par les jeunes

· Rédaction d'un texte prenant en compte l'atelier « groupe de paroles »

· Atelier de mise en scène et jeu théâtral (9 heures)



RETOUR D'EXPÉRIENCE DE L'INTERVENANT



Atelier « groupes de paroles »




Il s’agissait de permettre aux participants de parler des conflits qu’ils vivent, des problèmes qu’ils rencontrent et de leurs préoccupations. Nous avons exploré ensemble un certain nombre de situations qui, à leurs yeux, ne peuvent qu’être génératrices de violence. Chaque membre du groupe a tenté d’exposer au groupe la représentation qu’il se faisait de l’agressivité dans sa relation aux autres (Jeune ou adulte).







La principale difficulté a été d’amener les jeunes à accueillir les représentations des autres et à s’enrichir mutuellement par la confrontation des idées et par l’interaction. Je constate un manque d’écoute presque constant et une difficulté générale à l’attention.


On n’écoute pas les autres tout en exigeant de lui qu’il écoute. Ce qui a pour effet bien sûr d’engendrer des conflits au sein du groupe. Le moindre prétexte tourne à l’affrontement. Les participants ne se parlent pas, ils s’invectivent.


Nous assistons à un « petit règlement de comptes » venant clôturer un contentieux relationnel vécu au collège par deux jeunes filles.


Tout au long de nos échanges, je constate qu'il y a, chez la plupart des participants, tout à la fois un déni et une banalisation de la violence (qu'elle soit du fait des adultes ou du fait des jeunes entre eux) L'on pourrait presque résumer certains propos par : « La violence, ce n'est pas bien beau, mais finalement ce n'est pas tellement grave»


À noter également, la notion du concept de légitime défense qui, pour beaucoup de ces jeunes, se transforme en concept de légitime violence. Ce qui justifie à leurs yeux une « normale » absence de sanction envers un jeune qui en aurait agressé un autre sous prétexte d’un « mauvais » regard, d’un mot ou d’une attitude estimée provocatrice.



Les Ateliers « mise en scène et jeu théâtral » (9h00)


Les ateliers, surtout au cours des premières heures, sont parfois laborieux et ce pour les motifs listés ci-dessus. Les jeunes se montrent souvent turbulents, nerveux, pressés.


Cependant, ils participent et progressent. Leurs commentaires sont souvent surprenants. Bien sûr, ils « ne se loupent pas » entre eux. Un oubli, une inattention, un retard dans l’accomplissement d’une action sur scène, va engendrer presque systématiquement une réaction hostile, voire agressive de la presque totalité du groupe. On cherche aussi à imposer sa présence dans le déroulé de l’histoire, à participer à telle ou telle scène… En fait, on cherche surtout à exister dans le groupe et face au groupe.


Cependant, au fil des interventions, il va s'instaurer une sorte de solidarité, voire d'entraide, entre les participants. Entraide, certes, jalonnée de réflexions plus ou moins désobligeantes mais muée par une volonté de travailler ensemble pour un même objectif : Le spectacle final.


Pour preuve, le partage du texte où des rôles que les jeunes de l'atelier ont entièrement gérés de façon collective sans intervention adulte. Quelques participants ont également, sans qu’il fût besoin de leur demander, cédé un certain nombre de leurs répliques à des jeunes absents lors des premières rencontres.



Toujours concernant les absences, peu fréquentes, il convient de le souligner, les jeunes ont spontanément mis au point un « service de remplacement » permettant le travail et le jeu théâtral.


Donc les jeunes se sont peu à peu investis dans projet jusqu'à se l'accaparer. Ce qui était l’objectif. Des idées, des commentaires, des ajouts ou remplacements de texte furent proposées par le groupe (et la plupart du temps acceptés)


Le groupe, répétant dans un lieu pourtant peu propice au jeu théâtral, a rapidement assimilé la mise en scène et le parti-pris du spectacle. Le nombre limité des interventions laisse peu de place à la technique théâtrale proprement dite. Je privilégie le travail des déplacements, la recherche d'intentions, les mouvements chorégraphiques et bien évidemment le sens des dialogues, entièrement consacrés à la puissance des mots, qu'elle soit bienveillante, destructrice ou tout simplement source de tension.


L’ensemble du groupe fait preuve d’une mémoire de scène assez surprenante. Malgré ce qui semble être un manque d’attention apparent, tous « enregistrent en une seule prise » les déplacements, pourtant parfois complexes que je leur propose.


Dans un premier temps, ils « copient, c'est-à-dire qu'ils exécutent les consignes. Mais très vite, ils rajoutent un peu de leur touche personnelle. Mouvement, mots, regards, etc.… Ils s’emparent des personnages. L’histoire qu’ils s’apprêtent à conter à un public semble les intéresser. Le pari n’était pas évident.


Plus la date fatidique approche, plus le travail devient sérieux. À leur demande, nous retravaillons cette scène-ci, nous précisons cette scène-là. Je vois des jeunes, très introvertis, timides, s’ouvrirent peu à peu aux autres et à leur jeu. Le groupe d’enfants bruyants et dissipés devient une troupe de théâtre !


La représentation :


Ils sont excités, inquiets, parfois affolés. Toute l'après-midi ils travaillent, répètent, révisent. Puis l’heure du « levé de rideau » arrive.


Devant une salle raisonnablement remplie, ils jouent leur rôle. S’attaquant au spectacle avec détermination… « Ils y vont ! »


Et le résultat est surprenant.


Tous, sans exception, ont réalisé ce que nous attendions d’eux. L'ensemble des consignes données en atelier et qui semblaient totalement ignorées ou « zappées » a été prise en compte : Puissance de voix, placement sur scène, sérieux dans le jeu, discipline, écoute, etc.… »


Ils connaissaient leurs textes. Ce qui lors des dernières répétitions était loin d’être gagné !



L’on peut affirmer, sans faire preuve d’un optimisme forcené que tout a été respecté !


Les quelques-uns qui semblaient les plus démunis, peu à l'aise sur un plateau de théâtre, en donnant le meilleur d'eux-mêmes mais surtout en gagnant de l'assurance (et donc en augmentant leur estime d'eux-mêmes, ont réellement progressé, que ce soit dans leur jeu, ou dans, et c'est bien le plus important, dans leur rapport avec les autres.


Les « Meneurs » n’ont pas écrasé leurs collègues. Un niveau de jeu commun a été mis en place. Personne n’a mobilisé la scène, c’est le groupe entier qui s’est exprimé.





Lors des débats avec la salle, les jeunes de l’atelier ont participé. Donnant leur avis tout en prenant le soin de préciser en amont de leur prise de parole s'ils s'exprimaient personnellement ou en tant que personnage.


Face au public, ils ont parfois improvisé, restant dans leur logique de personnage. (Le comportement à tenir lors des situations d’impro avec été très rapidement abordé au cours des séances d’atelier.


Enfin, un fait important à préciser. Ils sont passés de l'espace exigu mis à leur disposition lors des répétions à une véritable scène de théâtre bien plus spacieuse. Ce qui a engendré de nombreux changements de repères :


- Déplacements plus longs

- Modifications d’effets de mise en scène

- Prise en compte de la création lumière

- Prise en compte d’un public « en face »


En règle générale tous ont géré avec efficacité ces changements pourtant déstabilisant pour tout comédien.


Conclusion –


Un projet intéressant, qui a pu atteindre son objectif grâce :


- À la disponibilité et à la compétence des deux animatrices, à qui sincèrement j'adresse des félicitations et que je remercie.

- Aux jeunes qui ont su se mobiliser malgré leur goût prononcé pour le chahut et la confrontation.




Merci de votre attention


Jean B Jouteur



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