Réseaux sociaux sur la sellette


CFA Moulinier (Saint Etienne)


30 03 et 04 04 2017

Les 30 mars et 4 avril 2017, huit séances de notre concept « enquête en cours » consacré aux réseaux sociaux, ont été proposés aux apprentis du CFA Moulinier de Saint-Étienne.


Lors de ces séances de 50 minutes, nous présentons deux affaires réelles sur lesquelles nous avons réuni un grand nombre de documents qu'ils soient sonores ou visuels (Photos, articles de presse, vidéo, etc.……


Une comédienne m'accompagne afin d'interpréter différents personnages concernés par les situations présentées en reprenant notamment les propos tenus par ces derniers.






L'objectif de ces interventions est d'analyser et d'étudier une affaire dans son intégralité en partant d'un court article de presse qui narre de façon succincte un simple fait divers.



Nous recevions deux ou trois classes d'apprentis par séance pour une jauge moyenne de 30 à 40 jeunes entre 16 et 20 ans.


« Enquête en cours » n’est pas vraiment un spectacle. Le concept repose sur le ton narratif du présentateur qui a mené l’enquête, accompagné régulièrement de reconstitutions théâtralisées. Face à un public peu nombreux, La parole circule facilement, presque librement. Point important, les participants ne sont tributaires d’aucun impératif technique (faire passer un micro HF en salle peut parfois nuire à la fluidité de l'interactivité.


Les participants apprécient cette démarche de proximité. Même si quelques-uns peuvent se révéler « remuants » ou bavards en début de séance, très rapidement la plupart s'intéressent aux affaires qui offrent de nombreux rebondissements.


Devant les jeunes, je me présente en tant que comédien psychosociologue, spécialisé dans l'étude de certaines conduites à risque… Ce qui correspond d’ailleurs à ma véritable fonction. Il me faut parfois prendre quelques minutes afin de donner une courte définition de la psychosociologie….


« Psychosociologue, c'est quoi ça Monsieur… Un psychopathe ? »

« C’est comme un psychiatre, mais qui fait du social… C’est ça ? »

« C’est une sorte de médecine qui écoute les gens ?"


J'explique en quelques phrases simples : Un psychosociologue, c'est quelqu'un qui tente de comprendre certains comportements humains et aussi le pourquoi de certains choix.

​​

Clôturant cette rapide présentation, je précise que mon but n'est ni de proposer des réponses concernant les réseaux sociaux, ni de délivrer un message moraliste du style « Les réseaux sociaux, attention danger ! ». Je suis venu chercher des réponses, leurs réponses ! Je ne suis pas là pour juger de ces réponses, ni les confirmer ni les rejeter, je suis simplement venu les entendre.




Assisté par Pascale, comédienne, à qui j'ai confié l'interprétation des différents personnages cités lors des enquêtes, je propose aux élèves l'analyse détaillée de deux faits divers dans lesquels bien sur les réseaux sociaux tiennent une place importante.


Pascale deviendra Officier de la police scientifique, victime, mère, suspecte, accusée et même jeune fille de 16 ans blonde aux yeux bleus (!!!)










Le premier retrace l'histoire de Lucie.


Lucie est une jeune fille timide. Elle n'a pas beaucoup d'amis, mais c’est une bonne élève et n'a pas de problème au collège. Un jour, sa mère lui offre un ordinateur… Pour l'adolescente, c'est une fenêtre qui s'ouvre sur l'extérieur… Elle passe des heures à surfer sur Internet puis crée son propre blog : « Lucie-fashion -blog ». Elle est passionnée de mode. Mais un jour, elle fait une rencontre sur le net, une rencontre qui va tout changer !


La seconde affaire apporte les questions suivantes : Le net doit-il devenir un vaste réseau de renseignement et de recherche au service de la justice ? Les internautes peuvent-ils s'accorder le droit d'enquêter, de juger, de condamner et d'appliquer une peine qu'ils auraient choisie entre eux ? Ce cas a été baptisé par les médias


« L'affaire de la gifleuse lynchée » Alicia, adolescente de 15 ans a été condamnée sans appel par le « tribunal du web ». Son visage, son nom de famille, son adresse et même son numéro de téléphone ont été partagés sur des milliers de comptes. L’indignation populaire a pris dans cette affaire des tournures de vendetta. Le harcèlement dont fut victime la jeune fille s’est transformé en un véritable appel au lynchage.


Concernant les affaires :


Tout au long de ma narration et des reconstituions, je recueille commentaires, questions et avis. Première remarque, nous constatons que la plupart des participants, emmenés à jouer les rôles de témoins, de conseillers, d'enquêteurs, de jurés, se prêtent volontiers au jeu avec parfois beaucoup de sérieux. Ils posent des questions, font des commentaires, réclament des éclaircissements ou s'arrêtent sur des points de détail. Manifestement, ils se sentent concernés par les deux dossiers présentés.


Lors des narrations et des reconstitutions, nous constatons un silence qui témoigne d’une écoute de qualité. Bien sûr, les participants s'expriment très librement, sans demander la parole, sans parfois s'écouter entre eux, ce qui engendre parfois des difficultés de compréhension. Mais aucun chahut, aucun débordement ne fut observé lors des huit séances.


L’affaire Lucie




La presque totalité des jeunes adultes se montrent extrêmement sévères envers le personnage de Marion (Jeune fille instigatrice du harcèlement en ligne que nous présentons). Nous recueillons des propos parfois très durs à son encontre.







« Il faut lui faire pareil ! La photographier à poil et mettre en ligne les photos ! »

« Elle doit aller en taule pour plusieurs années… Au moins 15 ans ! »



Le débat est ouvert entre ceux (principalement des filles) qui estiment que la répression n’est pas utile.


« Marion doit être suivi par un psy, il faut qu’elle comprenne la gravité de ce qu’elle a fait »


Et les autres qui nous proposent les pires condamnations allant jusqu’à la peine de mort.


« Il faut la mettre sur la chaise électrique !»


Étonnamment le garçon, expert en informatique, qui a créé les « fausses images » à la demande de Marion, devenant ainsi l’artisan de l'intox « anti Lucie » est presque oublié lors des délibérations que nous proposons.


On s'aperçoit que les jeunes, dont certains ont une réelle connaissance du fonctionnement de la justice, réclament des policiers chargés de l'affaire, un comportement agressif envers la jeune suspecte.


« Faut lui mettre la pression »

« Elle ment ! Il faut la mettre en garde à vue ! »


L’affaire de la gifleuse lynchée.


Une grande majorité accepte de différencier la culpabilité certaine et non remise en question d'Alicia, auteure de l'agression qui déclencha cette vague de réaction… Et le comportement des internautes, prêts à tout pour « Punir » la jeune fille fautive, quitte à appeler au lynchage, a publié des « fakes » à condamner, voire à harceler la victime d'Alicia en prenant son identité et ce dans l'objectif de :


« C'est pour faire le buzz, Monsieur, en fait, ils s'en foutent de la victime !»

« C’est pour faire monter la mayonnaise ! Pour foutre la M….. »


Concernant le jugement d'Alicia, ils se montrent prudents, hésitant à la condamner trop durement mais persuadés de sa culpabilité. Le harcèlement dont est victime sa famille, les vitres "caillassées", les inscriptions, les menaces, choquent la presque totalité des spectateurs. Ils estiment que le net ne devrait pas être au service de la justice.


« Si l’outil il nous échappe et qu’on ne peut plus le contrôler, ça va devenir trop dangereux ! »

« En fait, on risque de faire condamner des gens qui n'ont rien fait ou presque rien !»

« Le net, il doit pas faire de nous des donneuses ! »


Une jeune fille pourtant affirme que :


« Tout ce qui lui arrive à cette meuf, c'est bien fait… Elle avait qu’à réfléchir… Tant pis pour elle, pour sa petite sœur et pour sa famille ! »




Constat et remarques générales :


À quelques exceptions près, il apparaît une grande méconnaissance du fonctionnement de l'outil Internet. Nous sommes un peu dans la logique d’un pilote automobile plutôt doué ignorant totalement le principe du moteur à explosion.


Les participants se montrent très surpris (et décontenancés) quand l’officier de police expose l’ensemble des dispositifs permettant de localiser un internaute même lorsqu’il cherche à préserver son anonymat. Certains se montrent même rassurés par ces moyens, estimant qu'ils sont utiles pour la chasse notamment aux terroristes ou autres groupements dangereux.


Pour une petite minorité, le net permet d’échanger avec d’autres interlocuteurs que de ceux de la vie de tous les jours, de faire de nouvelles connaissances.


« Sur les chats, on peut échanger avec des inconnus... C’est cool ! »


Les chats de dragues ne reçoivent qu’un succès très mitigé. Pour beaucoup il ne peut être qu’une source de déception.


« Ils disent tous qu’ils (qu’elles) sont canons… Et en fait ce sont des thons ! D’ailleurs, s’ils étaient beaux… Ils ne pas traineraient sur des sites de rencontres !»


Le grand vainqueur des réseaux sociaux, c’est Facebook ! Ces réseaux ont pour principe de fonctionner par invitation : Les échanges se font avec des interlocuteurs que l'on connaît directement (Les amis) ou indirectement (Les amis d'amis).


Internet, dans ce cas précis, n'est plus un lieu d'ouverture sociale mais plutôt un lieu de l'entre soi. Les échanges avec des inconnus sur Internet, d'après ce que nous avons pu recueillir, ont lieu principalement au cours des jeux en réseau (sur le forum du jeu).


Une jeune fille évoque le fait qu'Internet permet d'échanger des choses personnelles dont on n'ose parler en face.


« Moi, le soir après le bahut, je me lâche sur le net »

« Les confidences, les petits mots, et même (rires) les déclarations d'amour, ça se fait par Textos ou sur le net, pas au bahut !»


Qu'il s'agisse donc d'amour ou d'amitié, les modes de communication à distance et surtout les blogs et Facebook, offrent une autre scène aux interactions sociales, une scène moins soumise aux codes de comportements très stricts, qui prévalent sur les lieux scolaires.


Quand je demande aux participants, ce qu'ils recherchent dans le net, nombreux sont ceux qui répondent :


Musique : L’écoute musicale sur le smartphone est devenue une pratique culturelle importante chez les jeunes, loin devant la télévision.


Photos : Un participant précise que la mise en ligne de photos sur les blogs ou sur les profils devrait faire l'objet d'une extrême attention.


« Celui qui poste les photos de lui ou de sa copine ou de n'importe qui, il devrait s'assurer que ces images ne vont pas nuire à sa réputation. »

« Ouais, après c’est trop la honte quand t'es moche ou nul sur une photo qu'on a posté sans demander ton avis ! »



Je tiens à remercier la documentaliste du CFA Moulinier qui, après avoir préparé et organisé nos interventions d’une façon remarquable, nous a accompagnés tout au long de ces huit séances, faisant preuve d’une disponibilité à la fois personnelle et professionnelle.



Merci de votre attention





Jean B. jouteur


Psychosociologue de prévention

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