Journée prévention "cannabis" (mars 2017)


Lycée Jean Auguste Margueritte (VERDUN)


Du 27 03 2017 au 28 03 2017

Dans le cadre de « journées de prévention » qui se déroulèrent à Verdun du 27 03 au 28 mars 2017, notre spectacle de théâtre participatif « Itinéraire d’une dealeuse de rue » a été présenté à quatre reprises au lycée Jean Auguste Margueritte à Verdun, en direction d’un public composé d’élèves de première.


Ce spectacle a pour principal objectif d’attirer l’attention des jeunes sur les Risques, conséquences et effets liés aux usages de cannabis.


Fiche présentation spectacle :


Récit/témoignage


Ce spectacle est l’adaptation d’un témoignage que nous avons recueilli. La plupart des situations présentées sont inspirées de faits réels.


Sarah témoigne … Ses années « fume » ses années défonces, ses années galères…


"Pourquoi fumait-elle du cannabis ? Pour se sentir mieux dans sa tête. Elle était à la recherche d'un bonheur éphémère, celui d’une soirée. Elle voulait se motiver afin de mieux attaquer le lendemain. Elle voulait se reposer de cette journée. Le pétard, c’était seule chose qui la rassurait. Il était toujours là, prêt à être consommé.


Cannabis ! Phénomène de récompense méritée, volonté d’oublier l'effort passé, de se ressourcer pour la peine à venir. Repos de l'esprit.


Sarah, la fumeuse, Sarah la dealeuse, Sarah ex ado et pré adulte, était en quête de sérénité, d'autonomie et d'assurance. Peut-être aussi accusait-elle le coup des petits ou grands traumatismes sociaux subis durant son enfance…


Un jour, elle s'est demandée : « Pourquoi, ça serait réservé qu'aux mecs ce commerce ?» Elle a décidé de grimper à son tour les échelons du « gagner facile »… Et comme elle le dit elle-même : « Tout est vite parti en sucette »


Réactions et constatations :



Les interventions ont été favorablement accueillies par une grande majorité de jeunes. Ces derniers, « « accrochés », par l’approche réaliste du concept ont souvent (et spontanément) joué le jeu des questions/réponses. Le ton parfois décalé voire humoristique du leadeur (*) destiné à dédramatiser le sujet, a encouragé, nous l’avons constaté à plusieurs reprises, la prise de parole.


(*) Dans la pratique du théâtre participatif, le « leadeur » est à la fois animateur, metteur en scène, « provocateur », dramaturge, et garant de l’autonomie d’un groupe lors d’un processus de travail théâtral. Ce rôle est essentiel tout au long du processus du théâtre participatif, de la création des scènes à partir du vécu des personnages témoins, jusqu'à la séance jouée devant un public intéressé



Les publics ont rapidement admis que l’objectif de ces interventions n’était ni le jugement de tel comportement ou discours, ni la mise en garde de telle attitude considérée comme étant à risque. Cette compréhension est primordiale afin d’établir une relation d’écoute mutuelle reposant sur une véritable volonté d’échanger sans arrière-pensée moraliste.

Les participants ont d'eux-mêmes, par leurs commentaires et questions, séparé deux aspects bien distincts de l'intervention « témoignage interprété »


  • d'une part : Le produit cannabis, c'est-à-dire ses effets, ses vendeurs, ses consommateurs, son Trafic, ses dangers, les conséquences pénales de son commerce, les dépendances, etc.…


Dès le début de l’intervention la question est posée : Pourquoi se mettre à fumer des pétards ? Les réponses obtenues lors de chaque séance sont souvent identiques. Nous retrouvons :


  • La fuite

  • Le pétard médicament (pour être bien)

  • Pour faire comme les autres (Influence)

  • La fête


Le thème de la dépendance est aussi abordé. Pour la plupart des jeunes participants, le cannabis (selon la consommation), peut entraîner tout à la fois une dépendance physique et psychologique. Ils sont cependant quelques-uns à exprimer l’opinion que la dépendance est improbable surtout si l’on sait gérer sa consommation. Je juge utile de préciser ici que mon objectif, au cours de ces séances, n'est ni de confirmer, ni d'infirmer ce que les jeunes pensent connaître du produit cannabis et de sa consommation. Toutefois certains de leurs propos viendront se confronter à l’expérience et au vécu de notre témoin. Notre mission ne consistera pas à désigner un quelconque détenteur de vérité. Chaque idée ou pensée peut être partagée et débattue.


L’escalade de la consommation a également été abordée lors de deux séances. Les participants estiment qu'il existe une réelle différence entre la consommation dite « festive » c'est-à-dire occasionnelle, en bande et « pour rigoler et se détendre » d'une part, et la consommation dite « accro » que l'on pourrait qualifier de pathologiques, qui se fait seul, et :



Propos entendus :


« Pour se réfugier »

« Pour se déchirer la tête parce que l'on est trop mal »

« Pour satisfaire une dépendance »

« Pas par plaisir (Plus ?) Mais par obligation »

« Par provoc »



J’ai constaté, avec une certaine surprise, l’ignorance assez généralisée du système répressif appliqué en cas de commerce de substances illicites. Le registre des peines, rappelé par l’officier de police, a semblé en surprendre plus d’un… Un grand nombre de jeunes pensaient également qu'un mineur de 16 ans n'était pas pénalement responsable.




  • D’autre part : Le récit de vie de notre témoin. C'est-à-dire ses galères, ses peurs, ses expériences, son parcours, la force de sa narration, sa résilience.


J’ai noté une écoute réelle, attentive, parfois troublée par sorte une gêne due à l’intimité ou à la violence de certaines situations décrites ou reconstituées.


Lors des scènes reconstitutions, nous avons pu observer certains regards traduisant le ressenti de plusieurs jeunes. Ils se montraient tour à tour :


  • Impressionnés par l'agressivité teintée de peur du dealer, par la froideur ironique du policier, par la sévérité sans faille du procureur, par le cynisme du douanier marocain.

  • Perturbés par l’inconsciente fragilité de cette jeune fille désespérée dégringolant les marches de sa vie

  • Affligés par les rapports si compliqués unissant le père et sa fille

  • Alertés par l’absence de mère dans le récit de vie.


Les nombreuses questions posées lors des séances nous portent à croire que les participants s'efforçaient de comprendre l'origine du malaise. Le pourquoi d’une telle chute. Ils cherchaient des solutions réalisant que la consommation à outrance de cannabis dépasse le simple fait de « Fumer des pétards ». Elle témoigne souvent d'une véritable réponse comportementale qui, faisant face à un mal-être existentiel, met en cause tout un système (Famille, éducation, société, justice, relations, etc.…).


Propos entendus :


« Mais ta mère, elle est où ?»

« Pourquoi tu dis pas à ton père que tu vas pas bien ? »

« Dis à ton père ce que t’attends de lui… Dis-lui que t’as besoin de lui »

« Monsieur, faut l’aider votre fille ! »

« Pourquoi vous lui parlez pas ? »

« Faut la frapper, ou l’enfermer ou, je sais pas, mais faut faire quelque chose ! »



Ils furent nombreux, semble-t-il, à avoir découvert l’envers du décor de la défonce. L'explication détaillée de la « séance de coupe » (Le dealer coupant sa marchandise afin d'augmenter son bénéfice) a choqué.


Propos entendus :


« C’est une crevure ce mec ! »

« En fait, il s’en fout d’empoisonner des mômes ! »

« Ben ouais ! Y a que le fric qui compte ! »


Mais c’est l’incitation à la prostitution (et la presque acceptation de Sarah) qui a le plus choqué les jeunes, principalement les filles.


Propos entendus :


« T’es prêtes à vendre ton corps pour de la défonce ? »

« C’est pas possible de faire ça ! »

« P…… J’y crois pas, c’est trop glauque quoi ! »



De nombreuses scènes furent suivies d'un silence que l'on pourrait qualifier de désapprobateur, quant aux comportements de personnages que nous présentions. Comme précisé plus haut, la scène avec le père déclencha de nombreux commentaires, interrogations et conseils. Nous pouvons constater deux avis totalement opposés sur la conduite à tenir selon les participants.


Certains estiment qu’une conduite répressive est de rigueur. Pour nombre de participants la « mollesse » relative du père et surtout son indécision est en grande partie responsable de la situation.


Propos entendus :


« C’est ma fille, je lui défonce la tête (!!!)

« Moi je l’enferme dans sa chambre, à clef ! »

« Je lui coupe les vivres, je la surveille tout le temps ! »

« Il faut qu’elle change de fréquentation ! »

« Vous êtes trop cool, M’sieur, faut la tenir votre fille ! »


D'autres pensent au contraire qu'une écoute réelle et surtout le rétablissement d'une communication, qui semble avoir disparu entre le père et sa fille, est à privilégier. Apparaît d'ailleurs à ce stade une nouvelle cause évoquée concernant la consommation de Sarah : « C'est pour faire Ch… Son père » ou encore : « C'est pour qu'il voit qu'elle existe »


Propos entendus :


« Faut lui parler du passé, de ce qu’il lui plaisait quand elle était petite »

« Vous devriez l’intéresser à quelque chose »

« Il faut partager des trucs avec elle »

« Si elle va pas bien, c’est de votre faute, il faut lui dire et lui proposer de l’aide »


  • Galerie de personnages -


Lors des séances, les participants furent amenés à rencontrer un grand nombre de personnages vivant de et pour la « défonce ». Du petit dealer de rue qui coupe son produit pour survivre et pour consommer au « Gros bonnet » dont le seul objectif est de s'enrichir, en passant bien sûr par l'ensemble des intermédiaires. Si l'on se réfère aux réflexions entendues lors des séances, mais aussi après séance, cet univers digne d'une jungle dans laquelle prédateurs et victimes cohabitent (et collaborent) fut une découverte pour beaucoup.


Si cet « envers du décor » a surpris, il a surtout choqué par sa violence, son manque d'humanité, sa course au profit facile, sa désespérance. L'absence presque totale de « code d'honneur, qui s'explique facilement par la dépendance, la peur, le besoin, la galère ; cette quasi-obligation pour le consommateur dealer de ne faire confiance à personne s'il veut s'en sortir, a marqué les esprits. Une jeune fille, après spectacle, est venue me trouver


« Tous les personnages que vous jouez, ils sont vraiment aussi… Pourris que ça ? »


Ma réponse fut la suivante : ( J'ai, d'ailleurs, tenu les mêmes propos lors d'une séance afin de répondre à une question similaire). « J’ai bien peur que les vraies personnes soient pires ! Mais vous tous, vous regardez Sarah comme une victime, vous lui parlez, vous la plaignez, vous l'applaudissez même pour sa résilience, et vous avez raison… Et pourtant, elle a été comme ces personnages… Peut-être pire parfois… chacune de ses actions constitue une réponse, celle qu'elle a trouvée à ce moment donné de sa vie, à une situation qu'elle vivait »


  • Le procès –


Notre « héroïne » fut condamnée à deux années de prison par le tribunal de Marrakech. J’ai demandé aux participants, en fin de séance, de se mettre dans la peau de jurés… Cette condamnation est-elle sévère, justifiée, inappropriée ou trop laxiste ? Qu’auriez-vous décidé à la place des jurés ?


Si les jeunes, en grande majorité, plaignent Sarah et réalisent la dureté de son parcours, ils sont également conscients que son unique objectif, en acceptant de jouer le rôle de « porteur de sac (celui qui transporte la drogue) n'étaient motivés que par la recherche du profil facile. Et qu’importe à ses yeux que des jeunes soient victimes des produits qu’elle aurait transportés. Elle était parfaitement consciente de la transformation immédiate du produit, du rajout de ces substances hautement dangereuses pour l'organisme, des risques de dépendance… Peu lui importait… Pour cette raison, nos jeunes transformés en jurés ont, pour la plupart, validé la décision des juges… Certains estimant même que deux années de prison n'étaient pas chères payées.



Propos entendus :


« T’allez empoisonner des gamins ! Tu t’en rendais compte ? »

« En fait, tu ne valais pas mieux que ceux qui t'ont fait du mal !»

« Moi, sur, je te mettais cinq au moins !»

« Tu as galéré, c'est vrai, mais c'est toi qui as choisi !»


Nos jeunes étaient partagés entre l'empathie naturelle qu'ils ressentaient pour le personnage de Sarah, victime de ses propres excès et de son mal-être, et une colère légitime pour celle qui avait choisi de rejoindre et de cautionner un système dont elle avait été la victime.



Organisation :



Dans un premier temps, il nous paraît important de saluer la compétence et la disponibilité des infirmières qui nous ont reçues. De l'accueil, au planning, en passant par horaires, guidages, restaurations… tout avait été prévu ! Le proviseur et son adjoint sont venus nous saluer, nous donnant ainsi l’occasion de présenter sommairement notre démarche. L’implication de l’établissement était réelle et de ce fait motivante pour les préventeurs que nous sommes.


On peut regretter, ce n’est pas un reproche mais un constat, une jauge parfois trop importante (120/150 jeunes ?) ne permettant pas une interactivité approfondie. Il est en effet difficile pour un participant de s'exprimer devant ses pairs (qu'il ne connaît pas forcément) quand ils sont nombreux. Le leadeur ne pourra prendre le temps de « creuser plus profond » les prises de parole. Il se limitera souvent aux « mains levées, c'est-à-dire de prendre un avis d’ensemble : Qui est pour ? Qui est contre ? Au mieux il « récoltera » des commentaires qu’il ne poussera pas au développement du fait d’une écoute collective parfois relative.


Des salles de 30 à 50 personnes parviendront assez facilement à « s'écouter ». Les participants, installés dans un espace relativement restreint, demeureront en contact visuel et sonore. Cette proximité permettra alors une sorte d’intimité dans l’échange. Nous sommes dans une logique de discussion.


Un public composé de plus de cent personnes se trouve dispersé dans un plus grand espace. Les participants ne se voient pas (ou ils se voient mal), ce n’est qu’avec leurs plus proches voisins qu’ils demeureront en contact. Le micro devient obligatoire. La voix de l'intervenant proviendra donc des haut-parleurs et non pas des personnes s'exprimant… Rapidement leadeur et participants ont du mal à localiser celui ou celle qui parle. Nous sommes dans une logique de débat, efficace pour des adultes concernés et demandeurs, plus aléatoires pour un public captif composé d’adolescents.


Quelques remarques personnelles


Dans le but de faciliter une prise de parole libre, Notre intervention compte parmi ses objectifs la dédramatisation du thème. Nous ne prétendons apporter ni réponse, ni vérité. Ce sont les jeunes qui s'expriment, présentant eux-mêmes leurs réflexions, leurs certitudes ou interrogations, les risques ou plaisirs éventuels qu'ils pensent connaître, les conduites qu'ils estiment raisonnable d'adopter. Nous nous interdisons jugements et condamnations. Notre démarche n'est ni je juger, ni de faire peur, ni de « moraliser » en racontant avec force détails, comment tel ou tel consommateur est mort ou « condamné» à vivre avec un handicap lourd ou sous le coup d'une sévère condamnation pénale … Nous évitons aussi tout discours anxiogène qui aurait pour effet de construire une prévention basée sur la peur et non sur la connaissance, la prise de conscience et l’information. Nous écartons enfin la mise en place d'un cours d'anatomie humaine exigeant l'utilisation de termes ou d'expressions trop compliquées, qui en plus d'amener notre public à « décrocher » de la séance seraient oubliés dans les minutes suivant l'intervention. (Effets réels du produit cannabis sur les différents organes impactés par une consommation abusive)



Ces journées furent pour nous et pour nos spectateurs, nous en sommes persuadés, riches d'enseignements… Un véritable « partage » a eu lieu… Recevant notre récit de vie, les commentaires du leadeur parfois décalés, notre parti pris aussi de « non-jugement » les jeunes ont accepté souvent, de se livrer, de se raconter, voire de se confier… Ils nous ont révélé des pratiques, des points de vue, que nous ignorions. Ils nous ont également parfois exposé, avec leurs mots, les raisons profondes du pourquoi de cette prise de produit.


Nous tenons à remercier une fois de plus toute l’équipe du Lycée Jean-Auguste Margueritte pour son accueil, sa disponibilité et également la confiance qu’elle nous a accordée concernant ce thème si important à traiter mais si délicat…



Merci de votre attention





Jean B. jouteur


Psychosociologue de prévention

Article sélectionné
Articles récents
Chercher par tag
Nous suivre
  • Facebook Classic
  • Twitter Classic
  • Google Classic