Enquêtes en cours "Chronique d'un coma"


C’est avec sept séances consécutives de « chronique d’un coma, qu’a été inauguré, notre nouveau concept participatif « Enquêtes en cours » », au collège Edgar Faure à Valdahon (Jura).


Premier constat : Avec une seule classe par séance, c’est-à-dire une trentaine d’élèves maximum, souvent moins, nous ne sommes plus vraiment dans une logique de spectacle. La parole circule librement. Public et intervenants ne sont pas tributaires des impératifs techniques (son et lumières) qui peuvent parfois nuire à la fluidité de l'interactivité.


Nous sommes dans une véritable démarche de proximité. Les jeunes ne s'y trompent pas. Ils sont étonnamment calmes, à l'écoute... Et participatifs.


Devant les élèves, j'ai pris la décision de ne pas me présenter en tant que comédien, mais en tant que psychosociologue, spécialisé dans l’étude des conduites à risques, ma deuxième casquette. Ils me regardent avec des yeux ronds....


« Psychosociologue, c'est quoi ça Monsieur ? »


J'explique en quelques phrases simples : Un psychosociologue c’est quelqu’un qui tente de comprendre certains comportements humains et aussi le pourquoi de certains choix.




Clôturant cette rapide présentation je précise que mon but n'est ni de proposer des réponses concernant les addictions, ni même de délivrer un message moraliste de prévention. Je suis venu chercher des réponses, leurs réponses ! Je ne suis pas là pour juger ces réponses, ni les confirmer ni les rejeter, je suis simplement venu les entendre.



Assisté par le comédien, Philippe Occulto à qui j'ai confié le rôle de l’enquêteur, je propose aux élèves l'analyse détaillée d'un fait divers dramatique dans lequel l'alcool tient une place importante.


Voici le marché :

Je vous raconte l'histoire, vous me donnez votre avis.

Tommy, 16 ans, est mort des suites d'un coma éthylique. Avec le public nous décortiquons les comportements. Le récit des faits est étayé par la projection d'images, d'interviews, d'articles de presse, par le témoignage de soignants qui appelle quelques précisions, par celui des témoins qui choque parfois. Le journaliste rend compte de son enquête... Il a entendu tel propos, il a posé telle question. Il y a des choses qui ne tournent pas rond dans cette histoire. Nos collégiens nous le font savoir


« Pas normal qu’il puisse acheter de l’alcool comme ça ! »

« Comment ça se fait qu’il quitte le lycée en pleine après-midi ? »

A chaque séance, les jeunes rentrent rapidement dans le jeu. Ils veulent savoir la suite et surtout l'issue de l'histoire. Ça n'est qu'en fin de séance qu'ils apprendront le décès de Tommy.


Je pose la question : Ce mot « Alcool » qu'est-ce qu'il évoque pour vous ? De nombreuses réponses. Je cite ici quelques mots retenus :



« Fêtes, bar, bourrés, boire, bière, danger, accident, s'amuser, interdit, etc...)


Vient ensuite le terme alcoolisme. Encore une récolte abondante de mots et d'expressions :


« Trop boire, boire tout le temps, ivrogne, qui peut pas s'en passer, qui pense qu'a ça... »




Puis le mot « maladie » est lancé. Alcoolisme = maladie. Je demande à la salle ce qu'elle en pense. Les avis sont partagés...


« C'est quand même pas une maladie normale, je veux dire comme les autres »

« En fait, c'est comme si on se rendait malade soi-même ! »

« C'est comme une maladie de la tête, mais qui rend le corps malade »

Produit dangereux ou pas ? La réponse est presque toujours unanime :




« Ça dépend de la consommation"

« Faut savoir s’arrêter quand on est bourré »

« Y a le corps qui prévient, on a mal au crane ou on marche pas droit »


Après l'enquête présentée par le journaliste, voici le complément d’enquête, mené par les élèves. Ils savent qu'ils vont devoir juger les personnages, ils réclament plus d'informations, plus de détails.


Plusieurs personnages, à qui Philippe prête sa voix, passent au gril. Les questions fusent :


Au copain de Tommy :


« Pourquoi tu l'as laissé tomber ? »

« T'as pas vu qu'il était dans le coma »



Mais les autres personnages ont droit aussi à leur interrogatoire. Les apprentis procureurs ne font pas de cadeau. Ils ont repéré les failles du système. Ils ont compris que la mort de Tommy aurait pu être évitée. Qu'elle n'est due qu'à un enchaînement de comportements.


Certains personnages ont été maladroits ou inconscients. D'autres ont fait preuve d’indifférence ou ils n'ont pas respecté la loi. Quoi qu'il en soit, tous partagent une part de responsabilité dans la mort de Tommy.


C'est ce qu'il ressort des derniers propos recueillis.


Concernant la culpabilité... Les avis différent suivant les séances. Néanmoins, deux personnages seront cités à chaque nouveau verdict... Ceux qui ont vendu l'alcool. Pour nos élèves procureurs, ils ne sont pas simplement responsables, ils sont coupables !


Quittant un instant ma fonction d'animateur de débat, je deviens pour quelques minutes le père. Homme alcoolique et imprévisible à l'époque des faits, il est venu témoigner. Ses mots simples, parfois crus, touchent notre public. Le père parle de sa maladie, de son alcoolisme, de son fils, de son combat journalier contre l'alcool.. Il répond aux questions qui lui sont posées :


« Vous sentez vous responsable ? »

« Pourquoi avoir poussé Tommy à boire ? »

« C'est dur de guérir de l'alcoolisme ? »


Les cinquante minutes passent très vite. Déjà il nous faut accueillir une nouvelle classe. Raconter une fois encore l'histoire de cette mort aussi stupide qu'injuste.


Ils sont nombreux les jeunes à vouloir échanger en sortie de séance. De nouvelles questions fusent. Nous n'avons que très peu de temps à consacrer à cette dernière mi-temps.


Merci aux élèves de 5ième du collège Edgar Faure pour ce moment d'échanges.

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Merci de votre attention

. Jean B Jouteur

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