Handicap au sein de l'entreprise


Transformer le regard sur le handicap par l’échange, la rencontre et la mise en situation.

UNE PLACE POUR NOUS ?

Compte rendu d'une intervention en entreprise

Date : 9 novembre et 3 décembre 2015

Titre du spectacle : Une place pour nous

Genre - Intox et témoignages interprétés (Théâtre entreprise

Lieu : Maison Johanes Boubee (Groupe Carrefour)

Public : Personnel du site



Nous intervenons pour la filière « vin et spiritueux » du groupe Carrefour, en plein cœur d’un vaste dépôt…


Dans le hangar des chariots élévateurs au centre duquel des chaises aux couleurs vives ont été installées, nous installons notre scène de fortune … (Nous ne sommes plus très loin du théâtre itinérant d'entreprise si cher à Monsieur Cyril Robichez !!!!)


Notre public est composé de caristes, préparateurs en commande et de quelques personnes du secrétariat. En tout, une petite vingtaine de spectateurs par séance.


C'est une première pour l’entreprise qui nous reçoit.


Notre objectif : Aborder le thème du handicap au travail d'une façon un peu différente, en donnant notamment la parole aux concernés (Les handicapés) mais aussi aux participants.

Chacune des trois saynètes est inspirée de faits réels ou de véritables témoignages.


La séance commence par une intox : « Dialogue de sourd » : Un avocat, spécialisé dans le droit du travail propose une conférence consacrée aux discriminations sur critères de santé au sein de l’entreprise. Il est malentendant ce qui a entrainé dans sa vie professionnelle de nombreuses discriminations. Il explique qu’il ne peut exercer normalement son métier sans qu’on lui jette au visage son handicap et surtout ce défaut de prononciation dû à sa surdité. Pour communiquer, il lit sur les lèvres, en d’autres termes, lorsqu’une personne du public désire lui parler, elle doit attirer son attention, être visible, se mettre face à lui, articuler… En un mot, prendre en compte le handicap… Faire un effort d’écoute mais aussi d’expression afin de pouvoir échanger.


Un second personnage, une jeune et brillante avocate installée incognito dans le public, vient troubler la conférence. Elle évoque avec une condescendance moqueuse l’injustice de ces lois imposant un « quota » de travailleurs handicapés au sein des entreprises.


Le public marche, il rentre dans l’intox. Le défaut de prononciation de l’avocat est gênant, il prête à sourire, pourtant l’écoute est de qualité, même s’il elle nécessite de la part des spectateurs une certaine concentration.


Les réactions sont nombreuses et positives... Un débat s’instaure… Les propos des deux avocats sont étudiés, commentés, complétés, critiqués… Deux discours se contredisent... Notre public a du mal à trancher entre :

  • Le discours humaniste, celui qui affirme que chacun, quelles que soient ses limites physiques ou intellectuelles, a droit aux mêmes chances.

  • Le discours « Efficacité » la compétence d’un candidat au recrutement, ce qu’il apportera à l’entreprise, sont les seuls critères de sélection envisageables. En d’autre terme, le recruteur ne doit pas rentrer dans le piège de la discrimination positive. Phrase entendue : « Je ne l’embauche pas parce qu’elle est handicapée, je l’embauche parce je l’estime plus performante que l’autre candidate non handicapée… Par contre, si cette dernière me propose plus de garanties, mon choix se tournera vers elle sans hésitation.


L’humour est présent dans nos échanges, surtout quand l’avocat malentendant lance l’aveu : « Pardon pour la supercherie, mais je ne suis pas sourd, cela dit, merci d’avoir fait l’effort de prendre en compte mon handicap ! »


La saynète « Le secret » traite des handicaps invisibles.


Caissière dans une grande surface, Marie-Jo, refuse d’informer sa direction de la maladie dont elle souffre : Le diabète. Pourtant son état provoque chez elle des comportements que ses proches souvent ne comprennent pas. Ce qui la place de fait dans une sorte d’isolement qui en plus de la faire souffrir, peut parfois la rendre agressive ou injuste.


Le débat tourne sur l'utilité de faire reconnaître ou pas le handicap et sur le comportement des différents protagonistes.


Si la plus part des participants estiment que Marie Jo n’a pas à aborder le problème de son handicap sur son lieu de travail, lorsque le cas de la séropositivité est abordé, les avis sont plus partagés… L’aspect « contaminant » de la maladie "Sida" pose manifestement un problème et change la donne. La question est posée : "Comment une infirmière en puéricultrice séropositive pourrait-elle s’occuper d’enfant ?" Rapidement, la question du manque d’information est soulevée… "Un enfant serait-il en danger entre les mains de cette infirmière et surtout comment justifier le licenciement de cette infirmière ? "


La saynète « Anormal » traite du handicap mental mais surtout d'une expérience réussie. Il est utile parfois d'être positif !


Le directeur d’une importante entreprise de production, malgré sa réticence, accepte d’embaucher plusieurs handicapés mentaux pensionnaires d'une école proche de son entreprise. Sa vision des choses va être totalement boulversée par cette rencontre qu'il était loin de prévoir. Le "Travail pour tous" va devenir son combat au sein du groupe dans lequel il travaille. Une phrase d'un professeur travaillant dans cette école pour handicapés va tout déclencher : "Pour être heureux, l'homme a besoin de quatre choses : Être aimé, être apprécié, avoir un rôle à jouer et avoir l'impression d'être utile."


Ce témoignage, qui n'appelait pas forcément un débat, va pourtant une fois de plus, libérer la parole.


Un extrait de texte est interprété par la comédienne, charlotte Robin. il a été réellement écrit par un jeune trisomique comédien amateur. La force de cette simplicité naîve et sincére touche profondément notre public. Chacun admet dans l’assistance de l’importance du dialogue, de la sensibilisation et surtout de la découverte de l’autre. Au terme de la séance nous ressentons que les trois énonciations suivantes ont été largement partagées et comprises

- Une personne handicapée n’est pas forcément moins efficace qu'une personne (dite normale) dans son travail


- L’embauche d’une personne handicapée ne perturbe pas forcément le service et la vie de l'entreprise


- Dominer cette peur de l'inconnu (Je ne serai pas à l’aise si on l’embauche, j’ai peur d’être maladroit) et raisonner ce malaise que l'on ressent face à la différence (Je ne saurai pas comment me comporter face à une personne handicapée) ne demandent en fait qu'un simple effort : Accepter que l’autre, cet encore inconnu si différent, est tel qu’il est et non pas tel que l’on voudrait qu’il soit. C'est sans nul doute plus enrichissant que dérangeant !

Merci au personnel de la Maison Johanes Boubee pour cette si belle rencontre et ce moment d'échanges !

Jean Benjamin Jouteur

Dramathérapeute.

Les comédiens : Charlotte Robin, Jean B Jouteur....

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