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  • Jean Benjamin Jouteur

Errances d'un pantouflard Tome 3 (en cours de rédaction)

Autobiographie romancée


« Le bonheur éphémère a un prix pour ceux qui ne vivent que pour lui. Tout ça ne va pas durer. Lors d’une soirée future, je ferai le choix de vivre autre chose, loin des paradis artificiels et de leur douce chaleur destructrice.


La question est : prendrai-je cette décision à temps ? »


Extrait des « Errances d’un pantouflard » — tome 2



Pour Yohan, c’est le temps du réveil difficile, le temps aussi de dresser le bilan de son propre naufrage.


C’est enfin et surtout le temps des questions.


Englué dans les échos d’un passé trop brumeux, Yohann tente de comprendre ce qui lui est arrivé. Ses souvenirs sont flous, presque effacés. Pour exorciser le tumulte, il doit revisiter le chemin parcouru.


Cette exploration intérieure, sans concessions ni illusions, lui ouvrira parfois les yeux sur de douloureuses vérités. Ce périple lui était nécessaire pour oser s'aventurer sur une autre route.




 

Un premier extrait



Prologue — 31 décembre 1980.


La pièce principale de la vieille ferme est d’une pouillerie repoussante. Le désordre indescriptible qui y règne renforce sans doute cette sensation de crasse. Sur l’écume douteuse des tomettes en terre cuite, chaperonnées par une armada de matelas, de duvets, de sacs, de couvrantes, de cartons, de canettes de bière, de fringues éparses, quelques hirsutes plus moins endormis se roulent des pelles ou copulent dans l’indifférence générale. La grande table, pitoyable champ de bataille hérissé de cendriers improvisés, déborde d’assiettes souillées, de verres rougis, de bouteilles à moitié vidées, de vestiges de repas, de pain détrempé, de paquets de clopes saccagés, de feuilles à cigarettes, de débris de tabac, de seringues usagées, de couverts égarés, de trognons de pétards calcinés, de boîtes d’allumettes éventrées.


Et puis, stagnant sur le réalisme de ce tableau digne d’une toile de Géricault, il y a ce mélange écœurant d’odeurs. La puissante haleine des cuisses de poulet oubliées sur la grille du foyer, les effluves acides émanant des corps sales, les senteurs de transpiration, les relents de fumée, le parfum écœurant de la suie mouillée.


Ils sont encore une bonne dizaine de fêtards à faire tourner les joints, à se défoncer méthodiquement, à rire bêtement, à ne plus refaire le monde, à planer pour rien, à proférer des stupidités.


Une fille blonde, seule et agenouillée, gerbe doucement dans la cheminée. Nul ne lui viendra en aide, pas même moi.


À la façon d’un touriste égaré découvrant sans y être préparé cette faune et son pathétique gourbi, soudainement étranger à tout ça, je me demande ce que je fous là. Dans la brouillasse de cette soirée destroy du 31 décembre, je ne connais personne. Pas d’ami, totale absence de visages connus.


Putain, comment ai-je atterri ici ? Suis-je comparable à ces épaves sans rivage ? À ces loques en partance ? À ces dénués d’avenir ?


L’odyssée que je voulais initiatique s’est subitement transformée en processus d’auto-destruction. J’ai perdu le contrôle. Plus envie. La coupe dégueule, je n’ai plus soif.


Fin du voyage…


Parviendrais-je à sauter du train en marche ?


 

Un second extrait



Qu’il soit de gauche ou qu’il soit de droite, le piston fonctionne de façon identique. Il suffit de coucher avec la fille d’un mec influent pour que ce brave homme prenne en charge votre carrière.


Bernard Giraud, tout-puissant chef du personnel de la coopérative ouvrière Manufrance et surtout ami personnel de mon « beau-père », m’invite à pénétrer dans ce qu’il nomme "son modeste chez lui".


Modeste, tu parles ! Il a réquisitionné l’un des cabinets les plus cossus de la vieille entreprise, un héritage parfait du capitalisme industriel et familial dont Étienne Mimard, fondateur de Manufrance, fut l’une des figures de proue à l’aube du vingtième siècle. Impressionné par la richesse du décor, je visite longuement la pièce du regard.


C’est vrai que c’est chouette.


– Plutôt rupin comme intérieur, non ? Me lance-t-il, fier de son domaine. On peut leur reprocher bien des choses, mais les anciens patrons savaient cultiver et mettre en valeur le beau.


J’acquiesce d’un sourire et d’un hochement de tête. Ce petit bonhomme étriqué, nageant dans son costume trois-pièces, détonne dans ce cadre bien trop princier pour lui. J’ai l’impression d’avoir franchi une sorte de vortex invisible qui m’aurait propulsé dans un passé luxueux. Gigantesque bibliothèque murale remplie de vieux bouquins reliés que personne n’a jamais lus, boiseries de palais de justice, placage et marqueterie, tapis d’intérieur bleu et or imprimé floral, lourdes tentures en velours, canapé jaune, bureau de ministre en chêne massif. Rien ne manque. Ce porte-parole de l’égalité sociale, jadis magasinier de l’atelier vélo, pète dans la soie alors que ses anciens camarades bossent dans de grands ateliers crasseux et mal chauffés pour un salaire sans doute bien inférieur au sien.


La lutte des classes profite pleinement à ceux qui savent se placer.


– Jeune homme, déclare-t-il en installant ses maigres fesses dans l’imposant fauteuil tout cuir, ta candidature nous intéresse.



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